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LA COMMUNICATION NON VIOLENTE

29 mars 2025
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 sept.


Lors d’un groupe de parole MY FIBRO, un sujet important a émergé : la difficulté de se faire entendre dans certaines situations stressantes.

Face à un médecin-conseil.

À la mutualité.

Lors d’une consultation.

Dans la famille.

Au travail.

Ou simplement face à quelqu’un qui semble mettre en doute ce que nous vivons.


Avec une maladie invisible comme la fibromyalgie, ces situations peuvent être particulièrement éprouvantes. Lorsque nous avons le sentiment de devoir sans cesse expliquer ou justifier nos limitations, le stress peut monter rapidement et les mots devenir plus difficiles à trouver.


La Communication Non Violente (CNV) peut alors offrir une manière de structurer ce que nous voulons dire.

Pas pour nous apprendre à être « gentils ».

Pas pour éviter tout conflit.

Et certainement pas pour nous rendre responsables de la manière dont l’autre réagit.

Mais pour essayer d’exprimer plus clairement ce qui se passe, ce que nous ressentons, ce dont nous avons besoin et ce que nous demandons.


Qu’est-ce que la Communication Non Violente ?


La Communication Non Violente a été développée par le psychologue américain Marshall B. Rosenberg.

Elle s’inscrit dans une conception de la communication centrée sur l’écoute, l’empathie et la recherche d’une meilleure compréhension des besoins de chacun.


Son processus est souvent résumé en quatre étapes :

Observation – Sentiment – Besoin – Demande

ou OSBD.

Ces quatre étapes constituent surtout un repère pour organiser sa pensée et sa parole. Elles ne sont pas une formule magique qu’il faudrait réciter mot pour mot.


1. Observer : partir des faits


La première étape consiste à essayer de distinguer ce qui s’est réellement passé de l’interprétation que nous en faisons.


Par exemple :

« Vous ne m’écoutez jamais. »

est une interprétation très générale.


On pourrait plutôt dire :

« Lorsque j’ai expliqué que je devais m’allonger plusieurs fois dans la journée, vous m’avez répondu que je devais essayer de reprendre davantage d’activités. »


Cela ne signifie pas que notre interprétation est forcément fausse.

Mais partir de faits précis peut rendre notre message plus compréhensible et plus difficile à détourner de son sujet.


Cette étape peut être particulièrement utile dans les démarches médicales ou administratives.


2. Exprimer ce que l’on ressent


La deuxième étape consiste à identifier ce que la situation provoque en nous.


Par exemple :

« Je me sens inquiet. »

« Je suis découragée. »

« Je me sens vulnérable dans cette situation. »

« Je suis en colère. »


Nommer une émotion peut nous aider à comprendre ce qui se passe en nous et à rendre notre message plus personnel.

Mais il faut apporter une nuance importante.

Exprimer une émotion n’oblige pas l’autre à l’entendre, à la comprendre ou à y répondre avec empathie.


Et nous ne sommes pas non plus obligés d’exposer nos émotions dans toutes les situations.

Face à une administration ou lors d’une évaluation médicale, certaines personnes préfèreront rester essentiellement factuelles.

C’est parfaitement légitime.


La CNV doit rester un outil, pas une obligation de dévoilement émotionnel.


3. Identifier le besoin


Dans la CNV, l’émotion est mise en lien avec un besoin.


Cela peut être un besoin :

de compréhension ;

de respect ;

de sécurité ;

de clarté ;

d’autonomie ;

de soutien ;

d’équité ;

ou simplement d’être entendu.


Par exemple :

« Je suis inquiète parce que j’ai besoin de savoir comment mes limitations sont prises en compte dans cette évaluation. »

Identifier le besoin peut aider à aller au-delà de la seule émotion.


La question devient alors :

« Qu’est-ce qui est important pour moi dans cette situation ? »


4. Formuler une demande claire


La dernière étape consiste à essayer de formuler une demande concrète et compréhensible.


Plutôt que :

« J’aimerais que vous compreniez enfin ma maladie. »

on peut parfois préciser :

« Puis-je vous expliquer concrètement ce que je peux encore faire et ce que je ne peux plus faire au quotidien ? »

Ou :

« Pouvez-vous m’expliquer sur quels éléments vous basez cette décision ? »

Ou encore :

« Pourriez-vous noter dans mon dossier que cette activité entraîne une augmentation importante de mes douleurs pendant plusieurs heures ? »


Plus la demande est précise, plus l’autre personne sait à quoi elle doit répondre.


Une demande n’est pas toujours une simple faveur


C’est une nuance importante lorsqu’on parle de maladie, de soins ou de droits.


Dans la CNV, une demande laisse normalement à l’autre la possibilité de répondre oui ou non.

Mais certaines situations ne relèvent pas simplement d’une faveur que nous sollicitons.


Un patient possède des droits.

Nous pouvons avoir besoin d’une information.

Demander accès à un document.

Faire corriger une information.

Contester une décision.

Demander qu’une limitation soit prise en compte.


Dans ces situations, communiquer calmement et clairement peut être utile, mais cela ne transforme pas un droit en faveur que l’on devrait obtenir grâce à notre gentillesse ou à notre capacité à bien communiquer.


Un exemple face au médecin-conseil


Prenons une situation fréquente.

Nous pourrions avoir envie de dire :

« Vous ne comprenez rien à la fibromyalgie. Vous pensez que je simule. »

La colère derrière cette phrase peut être parfaitement compréhensible.


En utilisant le canevas de la CNV, on pourrait essayer :

Observation : « Lorsque vous me demandez pourquoi je ne reprends pas davantage d’heures alors que je viens d’expliquer que trois heures d’activité augmentent fortement mes douleurs… »

Sentiment : « …je me sens inquiète et démunie… »

Besoin : « …parce que j’ai besoin que mes limitations fonctionnelles soient réellement prises en compte dans l’évaluation… »

Demande : « …pouvons-nous reprendre concrètement ce que je peux faire sur une journée et les conséquences que cela entraîne ensuite ? »


Cela ne garantit absolument pas que l’échange se passera bien.

Mais cela peut nous aider à rester centré sur ce que nous souhaitons transmettre.


Et parfois, les faits comptent davantage que les émotions


Dans certaines démarches, notamment administratives ou médico-légales, le plus important sera souvent de pouvoir décrire concrètement nos limitations.

Combien de temps puis-je rester debout ?

Combien de temps puis-je marcher ?

Que se passe-t-il après une activité ?

Ai-je besoin de m’allonger ?

Combien de temps faut-il pour récupérer ?

Quelles activités dois-je fractionner ?

Qu’est-ce que je ne peux plus faire seule ?


La CNV peut structurer la manière de présenter ces informations.

Mais elle ne remplace ni les faits, ni les documents médicaux, ni les éléments fonctionnels nécessaires à l’évaluation d’une situation.


Quand l’émotion prend toute la place


Il existe aussi des situations où nous savons très bien ce que nous voulons dire… jusqu’au moment où nous nous retrouvons devant la personne.

Puis tout se mélange.

La colère monte.

Les larmes arrivent.

Nous oublions la moitié de ce que nous voulions expliquer.

Cela ne signifie pas que nous avons « mal communiqué ».

Le stress peut réellement perturber l’attention, la mémoire de travail et notre capacité à organiser notre discours.


Préparer quelques phrases avant un rendez-vous peut donc être utile.

On peut noter :

Les faits.

Ce que cette situation provoque chez moi.

Ce dont j’ai besoin.

Ce que je veux demander.

Et surtout les deux ou trois informations essentielles que nous ne voulons pas oublier.


La CNV ne doit pas devenir une nouvelle injonction


Il existe un piège possible :

« Si la discussion s’est mal passée, c’est probablement parce que je n’ai pas utilisé les bons mots. »

Non.


Une communication est une relation entre plusieurs personnes.

Nous pouvons essayer d’être clair, respectueux et précis…

et malgré tout être confronté à quelqu’un qui n’écoute pas.

Qui minimise.

Qui juge.

Qui manque de temps.

Ou avec qui il existe simplement un désaccord réel.


Nous ne sommes pas responsables à nous seuls de la qualité d’un échange

La CNV peut augmenter nos possibilités de nous exprimer clairement.

Elle ne nous donne pas le pouvoir de contrôler la réaction de l’autre.


Dans nos relations avec nos proches aussi


La CNV peut également être intéressante dans la vie quotidienne.


Par exemple :

« Tu ne m’aides jamais. »

pourrait devenir :

« Lorsque je dois préparer le repas alors que je t’ai dit que mes douleurs étaient très fortes aujourd’hui, je me sens dépassée. J’aurais besoin d’aide. Est-ce que tu pourrais t’occuper du repas ce soir ? »


Cela ne signifie pas qu’il faut parler en permanence selon une formule rigide.

L’objectif est surtout de sortir, lorsque c’est possible, du reproche général pour rendre plus visible ce que nous vivons et ce dont nous avons besoin.


Dire ce que l’on ressent… sans tout dire


Nous avons vu dans l’article LES ÉMOTIONS qu’identifier et exprimer une émotion peut être utile.

Mais réguler une émotion ne signifie ni la supprimer, ni devoir systématiquement l’exposer.


Nous avons également vu avec LA FENÊTRE DE JOHARI que chacun doit pouvoir choisir ce qu’il souhaite partager de lui-même.

La même règle vaut ici.

Nous pouvons utiliser la CNV tout en gardant une partie de notre vécu privée.


Et la recherche scientifique ?


La CNV est aujourd’hui utilisée dans différents domaines, notamment l’éducation, la médiation, les relations professionnelles et certains contextes de soins.


Une revue scientifique publiée en 2024 a examiné son utilisation dans les relations entre professionnels de santé.

Elle retrouve des résultats intéressants concernant notamment les relations interpersonnelles et la gestion de conflits.

Mais le nombre d’études disponibles reste réduit et les auteurs soulignent la nécessité de recherches expérimentales plus robustes.


Il serait donc excessif de présenter la CNV comme une méthode dont l’efficacité serait largement démontrée dans toutes les situations.


Son intérêt est ailleurs :

elle peut fournir un cadre simple pour réfléchir à la manière dont nous exprimons ce que nous vivons et ce que nous demandons.


À retenir


La Communication Non Violente peut se résumer par quatre repères :

Observer les faits sans les confondre immédiatement avec notre interprétation.

Identifier ce que nous ressentons.

Repérer ce dont nous avons besoin.

Formuler une demande aussi claire et concrète que possible.


Avec la fibromyalgie, cet outil peut être particulièrement intéressant lorsqu’il faut parler de limitations difficiles à voir ou se faire entendre dans une situation stressante.


Mais la CNV ne garantit ni l’écoute, ni l’empathie, ni une décision favorable.

Bien communiquer ne signifie pas devoir convaincre tout le monde.

Cela peut simplement nous aider à retrouver un peu de clarté lorsque la situation devient difficile…

et parfois, à retrouver notre voix.


Sources


  • Rosenberg M. B. – Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs). Introduction à la Communication Non Violente. Éditions Jouvence. Ouvrage de référence présentant le processus de Communication Non Violente.

  • Adriani P. A., Hino P., Taminato M., et al. – Non-violent communication as a technology in interpersonal relationships in health work: a scoping review. BMC Health Services Research, 2024;24:289. DOI : 10.1186/s12913-024-10753-2.

  • SPF Santé publique, Belgique. – Informations relatives aux droits du patient et à la relation entre patient et professionnel de santé.

 
 
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