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MINUTE FIBROSOPHIQUE : PROCHE

il y a 13 heures
4 min de lecture

Proche. Reproche. Approche.


Trois mots qui se ressemblent, se croisent et parfois s'opposent.

Il suffit de quelques lettres pour passer de la tendresse à la blessure, de la distance à la rencontre.

Mais qu'est-ce qu'être proche, finalement ?

Est-ce partager le même toit, le même sang, la même histoire ? Est-ce être présent chaque jour ? Est-ce comprendre l'autre, même lorsqu'il ne dit rien ?

La fibromyalgie m'amène souvent à réfléchir à cette notion de proximité. Parce que la maladie ne bouleverse pas seulement notre rapport à notre propre corps. Elle modifie aussi, parfois profondément, notre rapport aux autres.


Il y a les proches qui nous rapprochent de la vie.


Ceux qui écoutent sans juger, qui proposent sans imposer, qui comprennent qu'un rendez-vous annulé n'est pas un rejet, qu'un sourire n'est pas une absence de douleur et qu'un silence n'est pas nécessairement un manque d'amour.

Ceux qui ne cherchent pas toujours à réparer ce qui ne peut l'être, mais qui sont là. Tout simplement.

Et puis il y a les autres. Ceux qui ne savent pas, ne comprennent pas ou ne veulent peut-être pas comprendre.

Un « Tu devrais sortir davantage », un « Tu as pourtant bonne mine », un « Tu ne fais plus jamais rien avec nous »...


Parfois, le proche devient reproche.


Des paroles maladroites, souvent prononcées sans intention de blesser, mais qui font mal. D'autant plus mal qu'elles viennent de personnes dont nous espérions justement la compréhension.

Et nous ? N'avons-nous jamais, nous aussi, adressé des reproches à ceux qui nous entourent ? De ne pas comprendre, de ne pas deviner, de ne pas être assez présents... ou de l'être trop ?

Car nos proches vivent également avec les conséquences de notre maladie. Ils peuvent se sentir démunis, fatigués, frustrés ou inquiets. Ils ne possèdent pas davantage que nous le mode d'emploi de cette vie bouleversée.


Alors, comment s'approcher sans se heurter ?


Il y a cette difficulté de parler. Dire que l'on souffre, encore, au risque d'avoir l'impression de se répéter. Dire que l'on est épuisé, au risque de décevoir. Dire que l'on a besoin d'aide, au risque de se sentir dépendant.

Ou choisir de se taire.

Se taire pour préserver l'autre. Pour ne pas gâcher un moment. Pour éviter une discussion de plus. Pour continuer à être regardé comme une personne et non uniquement comme un malade.

Mais à force de taire ce que l'on vit, ne risque-t-on pas de creuser nous-mêmes une distance que l'on voudrait pourtant réduire ?


Entre dire et se taire, il y a parfois toute la solitude de la maladie invisible.


Et puis, il y a le toucher.

Ce geste si simple, si humain. Une main posée sur une épaule, une étreinte, une caresse.

Quand le corps est douloureux, le toucher peut devenir paradoxal. On peut désirer profondément la tendresse et ne pas supporter certains contacts. Une étreinte peut rassurer un jour et faire souffrir le lendemain.

Mais l'absence de toucher peut faire mal, elle aussi. Autrement.

Comment expliquer que l'on puisse avoir besoin de bras qui nous entourent tout en redoutant la pression de ces mêmes bras ?

Comment faire comprendre que refuser un contact ne signifie pas refuser l'affection ?


Peut-être faut-il apprendre ensemble la juste distance.


Ni trop près, au risque d'étouffer. Ni trop loin, au risque d'abandonner.

Une distance qui n'est jamais définitive, qui varie selon les jours, la douleur, la fatigue, l'humeur et les besoins de chacun.

Et cette distance n'est pas seulement physique.

On peut vivre sous le même toit et se sentir terriblement seul. On peut être entouré d'une famille nombreuse et éprouver un profond isolement. À l'inverse, une personne éloignée de plusieurs centaines de kilomètres peut parfois nous sembler infiniment proche.


La proximité ne se mesure décidément pas en centimètres.


Je pense aussi à ceux dont les relations se sont progressivement effilochées. Aux invitations devenues plus rares. Aux amis qui ont cessé d'appeler après trop de refus. Aux liens familiaux fragilisés par l'incompréhension.

La maladie nous isole parfois malgré nous. Et l'isolement rend ensuite le rapprochement plus difficile encore.

On n'ose plus appeler. On ne sait plus quoi raconter. On craint de déranger. On finit parfois par croire que l'on n'a plus grand-chose à offrir.


Pourtant, nous ne sommes pas seulement notre maladie.


Nous avons encore des idées, de l'humour, de l'affection, des envies, des choses à partager. Même lorsque notre corps nous impose ses limites.

Heureusement, de nouveaux liens peuvent aussi naître. Une rencontre, une conversation, un groupe de parole, une amitié inattendue. Parfois, quelqu'un que l'on connaît depuis quelques minutes comprend ce que l'on tente d'expliquer depuis des années.

Les proches ne sont donc pas toujours ceux que l'on croit. Et les liens du cœur ne suivent pas nécessairement ceux du sang.

Je me demande finalement si être proche, ce n'est pas moins une question de présence qu'une question d'attention.


Savoir demander plutôt que supposer. Écouter plutôt qu'interpréter. Respecter un refus sans y voir un désamour. Accepter que l'autre soit différent de ce que l'on attendait.

Et parfois, avoir le courage de reconnaître qu'une relation nous fait davantage souffrir qu'elle ne nous soutient. Car être proche ne devrait jamais signifier devoir tout accepter.


Peut-être n'existe-t-il pas de distance idéale. Seulement des approches à inventer, des équilibres à chercher, des paroles à retrouver et des silences à respecter.

J'aime penser qu'un proche n'est pas nécessairement quelqu'un qui comprend tout de nous.


C'est peut-être simplement quelqu'un qui accepte de ne pas tout comprendre, mais qui continue à chercher comment nous rejoindre.


Entre proche et reproche, choisissons, chaque fois que cela reste possible, l'approche.


Et vous ?

Qui vous est réellement proche ? Et qu'est-ce qui, aujourd'hui, vous rapproche ou vous éloigne de ceux que vous aimez ?

 
 
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