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PCP THERAPIE

3 juin 2024
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 sept.


La PCP Therapy, pour Pression Continue Profonde, est une technique manuelle développée par le Dr David Khorassani.


Son principe est assez parlant : exercer une pression profonde et prolongée sur certaines zones musculaires ou tendineuses afin de favoriser leur relâchement. La technique s’inspire notamment des compressions utilisées sur certains points musculaires et des trigger points.


Elle se pratique notamment à l’aide d’un dispositif appelé MyoDK, conçu pour permettre au thérapeute d’appliquer et de contrôler cette pression.

Pour les personnes atteintes de fibromyalgie qui connaissent bien cette impression de muscles noués, tendus ou douloureux au toucher, l’idée peut évidemment sembler intéressante.

Mais que sait-on réellement de son efficacité ?


Une pression profonde pour relâcher les muscles


Le MyoDK permet au praticien d’exercer une pression sur une zone précise tout en contrôlant la force appliquée.


Selon les concepteurs de la méthode, cette pression permettrait d’agir en profondeur sur les structures musculaires et tendineuses et d’améliorer leur mobilité.

Le principe n’est donc pas totalement étranger à d’autres techniques manuelles.


Nous avons d’ailleurs vu dans notre article consacré à la fasciathérapie et au relâchement myofascial que certaines approches manuelles peuvent apporter un soulagement à des personnes atteintes de fibromyalgie.

Ce qui est moins clair, c’est de savoir si la PCP Therapy possède, elle-même, une efficacité particulière démontrée.


Des résultats annoncés dans la fibromyalgie


Le site de la PCP Therapy présente une étude menée auprès de 70 personnes atteintes de fibromyalgie, suivies pendant trois mois.

Il rapporte une amélioration de la douleur, de la fatigue et de plusieurs scores évaluant le fonctionnement et l’état psychologique.

Ces résultats sont intéressants.


Mais je n’ai pas retrouvé cette étude sous la forme d’une publication scientifique évaluée par les pairs permettant d’en examiner précisément la méthode, les éventuels groupes de comparaison, les résultats complets et les limites.


La publication scientifique retrouvée concernant directement le MyoDK porte, quant à elle, sur une tout autre pathologie : l’épicondylalgie chronique, plus connue sous le nom de tennis elbow.

Cette étude concernait 28 patients et ne comportait pas de groupe contrôle. Les auteurs observaient une diminution de la douleur, mais concluaient eux-mêmes que des études contrôlées supplémentaires étaient nécessaires.


Nous pouvons donc considérer ces données comme préliminaires, mais pas comme une démonstration suffisante de l’efficacité de la PCP Therapy dans la fibromyalgie.


Le travail manuel peut pourtant avoir sa place


Cette prudence ne signifie pas que la technique ne puisse apporter aucun soulagement.


Le travail manuel et certaines techniques de relâchement myofascial ont été étudiés dans la fibromyalgie, avec des résultats encourageants notamment sur la douleur, le sommeil et la qualité de vie.

Une personne peut donc parfaitement ressentir moins de tensions, davantage de mobilité ou une diminution temporaire de certaines douleurs après une séance de PCP Therapy.


Ce que nous ne savons pas encore, c’est si le protocole PCP et l’utilisation du MyoDK apportent un bénéfice spécifique par rapport à d’autres formes de travail manuel.


Et pour la personne qui se sent mieux après une séance, cette distinction scientifique ne retire évidemment rien au soulagement ressenti.


En Belgique, le KCE rappelle en 2026 que la douleur chronique nécessite une prise en charge multimodale et adaptée aux besoins de la personne.

Une technique manuelle peut donc éventuellement trouver sa place parmi d’autres approches, sans devoir devenir à elle seule « le traitement » de la fibromyalgie.


Une référence aux anciens « 18 points douloureux »


Un élément du discours entourant la PCP Therapy mérite cependant d’être actualisé.


Le site de la méthode présente encore les 18 points douloureux (tender points) définis par l’American College of Rheumatology en 1990 et explique que le MyoDK peut être utilisé pour mesurer la sensibilité de ces points.


Ces 18 points font bien partie de l’histoire du diagnostic de la fibromyalgie.

Mais ils ne constituent plus aujourd’hui la base du diagnostic.

Les critères ont évolué et prennent désormais davantage en compte la diffusion des douleurs et les différents symptômes associés, notamment la fatigue, les troubles du sommeil et les difficultés cognitives.


Dans ses recommandations de 2025, la HAS décrit également une évaluation clinique globale et propose notamment le questionnaire FiRST comme outil d’aide au repérage, sans revenir au comptage des 18 points comme critère diagnostique.

Cela ne signifie pas que la sensibilité à la pression a disparu de la fibromyalgie.

Au contraire, une hypersensibilité musculaire, tendineuse ou articulaire au toucher ou à la pression peut parfaitement être retrouvée à l’examen.

Mais elle ne se résume plus à 18 endroits précis du corps.


Profonde… jusqu’où ?


C’est probablement un point particulièrement important avec la fibromyalgie.

Le mot « pression profonde » peut déjà faire grimacer certaines personnes rien qu’en le lisant.

Pour d’autres, au contraire, une pression ferme sur une zone très tendue procure un véritable soulagement.

La sensibilité au toucher varie énormément d’une personne à l’autre, mais aussi chez une même personne selon les jours.

Une technique de ce type n’a donc de sens que si la pression est réellement adaptée à la tolérance de celui ou celle qui la reçoit.


Dans la fibromyalgie, davantage de pression ne signifie pas davantage d’efficacité.

Une séance qui déclenche une douleur importante ou une aggravation prolongée ne devient pas meilleure simplement parce que le traitement est censé agir « en profondeur ».


Certaines explications méritent d’être nuancées


Comme beaucoup de méthodes manuelles, la PCP Therapy est accompagnée d’explications sur la manière dont elle agirait dans l’organisme.

Certaines sont plausibles ou méritent d’être étudiées.

D’autres nécessitent davantage de recul.

Par exemple, la documentation de la méthode évoque un « drainage » permettant l’élimination de « toxines » après le traitement.

Cette manière d’expliquer les effets d’une technique manuelle n’est pas étayée par les connaissances médicales actuelles.

Une séance peut parfaitement procurer une sensation de relâchement ou diminuer certaines tensions sans qu’il soit nécessaire d’invoquer une « détoxification » de l’organisme.


Le MyoDK est un dispositif médical : qu’est-ce que cela signifie ?


Le MyoDK est présenté comme un dispositif médical de classe I portant le marquage CE.


Cette information concerne son statut réglementaire.

Elle ne signifie pas que l’efficacité de la PCP Therapy contre la fibromyalgie a été scientifiquement démontrée.

C’est une confusion assez fréquente avec les dispositifs médicaux :

le marquage CE n’est pas, à lui seul, une preuve qu’une méthode traite efficacement une maladie précise.


Quel regard porter sur la PCP Therapy ?


Ni enthousiasme aveugle, ni rejet systématique.


Le principe du travail manuel et de la pression musculaire n’a rien d’absurde. Certaines personnes atteintes de fibromyalgie apprécient les pressions profondes et les techniques destinées à relâcher leurs tensions musculaires.

La recherche sur le travail myofascial apporte d’ailleurs des arguments intéressants.


En revanche, les données disponibles ne permettent pas encore d’attribuer à la PCP Therapy elle-même les nombreux bénéfices parfois annoncés dans la fibromyalgie.

Cela devient surtout problématique lorsqu’une méthode est présentée comme capable de traiter la maladie parce qu’elle agirait sur sa cause.

On peut parfaitement reconnaître qu’une pratique soulage sans lui attribuer davantage qu’elle ne peut démontrer.


À retenir


La PCP Therapy peut être une piste intéressante pour les personnes qui apprécient le travail manuel et tolèrent les pressions profondes.

Les données spécifiques à la fibromyalgie restent cependant trop limitées pour la considérer aujourd’hui comme un traitement dont l’efficacité est établie.

Le travail manuel peut avoir sa place dans une prise en charge plus large de la douleur chronique, comme le rappelle le KCE dans son approche multimodale.

Une technique peut apporter du soulagement sans devoir, pour autant, détenir la clé de la fibromyalgie.


Sources


  • PCP Therapy / MyoDK. Présentation officielle de la méthode, du dispositif MyoDK et de son utilisation proposée dans la fibromyalgie.

  • Outrequin J., Moshiri F., Khorassani Zadeh R. (2015). The Use of the MyoDK for Mechanical Pressure in the Treatment of Chronic Lateral Epicondylalgia: A Pilot Study. Journal of Clinical and Diagnostic Research, 9(10), YC05–YC08.

  • Ughreja R.A. et al. (2021). Effectiveness of myofascial release on pain, sleep, and quality of life in patients with fibromyalgia syndrome: A systematic review. Complementary Therapies in Clinical Practice, 45, 101477.

  • Haute Autorité de Santé (2025). Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique.

  • KCE – Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé, Belgique (2026). Neuf domaines d’action pour améliorer la prise en charge multimodale de la douleur chronique en Belgique. KCE Reports 414B.

 
 
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