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REALITE VIRTUELLE

20 mai 2025
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 sept.


Réalité virtuelle et fibromyalgie : une piste intéressante, mais à sa juste place


Mettre un casque de réalité virtuelle pour bouger, travailler son équilibre ou essayer de diminuer sa douleur ?


À première vue, cela pourrait sembler relever davantage du jeu vidéo que de la prise en charge de la fibromyalgie.


Et pourtant, depuis quelques années, la réalité virtuelle (RV) est de plus en plus étudiée dans le domaine de la réadaptation et de la douleur chronique.


Des recherches concernent désormais spécifiquement la fibromyalgie.

Les résultats sont intéressants.

Mais ils demandent encore à être interprétés avec prudence.


De quoi parle-t-on exactement ?


Le terme « réalité virtuelle » recouvre plusieurs technologies.


Certaines utilisent un casque immersif, donnant l’impression d’être plongé dans un environnement en trois dimensions.


D’autres utilisent un écran, des capteurs de mouvements ou des systèmes interactifs permettant de réaliser différents exercices.


Dans le domaine de la réadaptation, la réalité virtuelle peut notamment être utilisée pour travailler :

  • la mobilité ;

  • l’équilibre ;

  • l’endurance ;

  • la coordination ;

  • certains mouvements fonctionnels ;

  • l’activité physique ;

  • parfois la relaxation ou la distraction face à la douleur.


Il ne faut donc pas imaginer « la réalité virtuelle » comme un traitement unique.

Tout dépend du programme proposé et de l’objectif recherché.


Pourquoi cela pourrait-il être intéressant dans la fibromyalgie ?


Bouger lorsque l’on vit avec une fibromyalgie n’est pas toujours simple.


La douleur, la fatigue, la raideur ou la crainte d’une aggravation peuvent progressivement conduire certaines personnes à réduire leur activité.


La réalité virtuelle peut permettre de proposer des exercices de manière différente :

  • plus ludique ;

  • interactive ;

  • progressive ;

  • adaptable aux capacités de la personne ;

  • avec un retour immédiat sur les mouvements réalisés.


Le fait d’être plongé dans un environnement virtuel peut également modifier l’attention portée à la douleur pendant l’exercice.

Cela peut contribuer à rendre certaines activités plus agréables ou plus faciles à poursuivre.


Mais cela ne signifie pas que la réalité virtuelle « trompe le cerveau » ou « reprogramme » à elle seule le système nerveux.

Les mécanismes sont certainement plus complexes.


Que montrent les études chez les personnes atteintes de fibromyalgie ?


Les résultats deviennent intéressants.


Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2025 a analysé 17 études consacrées à l’utilisation de la réalité virtuelle dans la fibromyalgie.


Les auteurs ont retrouvé, en moyenne, des améliorations concernant notamment :

  • la douleur ;

  • la fatigue ;

  • l’impact global de la fibromyalgie ;

  • la qualité de vie ;

  • certaines capacités physiques ;

  • l’anxiété et certains symptômes dépressifs.


Les interventions spécifiquement conçues dans un objectif de réadaptation semblaient particulièrement intéressantes.

Mais les études utilisent des programmes très différents les uns des autres.


Nous ne savons donc pas encore clairement :

  • quel type de réalité virtuelle est le plus efficace ;

  • à quelle fréquence l’utiliser ;

  • pendant combien de temps ;

  • chez quels patients ;

  • ni si les améliorations persistent à long terme.


Et les études les plus récentes ?


Une nouvelle revue systématique et méta-analyse publiée en 2026 s’est concentrée sur les programmes de réalité virtuelle comportant une véritable activité physique active.

Elle a regroupé dix essais randomisés comprenant au total 203 personnes atteintes de fibromyalgie.


Les résultats suggèrent des améliorations possibles concernant :

  • la douleur ;

  • la fatigue ;

  • la sévérité globale des symptômes ;

  • l’anxiété ;

  • certains symptômes dépressifs.


En revanche, les résultats étaient moins convaincants concernant certaines capacités physiques telles que l’endurance, la force ou l’équilibre.

Et surtout, les auteurs estiment que le niveau global de certitude des preuves reste faible.

C’est important.

Une étude ou même une méta-analyse positive ne signifie pas encore que nous disposons d’un traitement parfaitement établi.


Réalité virtuelle et activité physique


L’intérêt principal de la réalité virtuelle pourrait finalement être assez simple :

nous aider à bouger autrement.

L’activité physique adaptée fait partie des interventions les mieux étudiées dans la fibromyalgie.


Si un environnement virtuel rend une séance plus motivante, plus ludique ou plus facile à poursuivre, cela peut constituer un avantage.

Mais cela ne signifie pas que l’exercice en réalité virtuelle soit automatiquement supérieur :

  • à la marche ;

  • au vélo ;

  • à la kinésithérapie ;

  • à l’hydrothérapie ;

  • au renforcement musculaire ;

  • ou à une autre activité adaptée.


Le casque n’est peut-être pas l’élément thérapeutique principal.

C’est ce qu’il permet à la personne de faire qui compte.


Et l’équilibre ?


La réalité virtuelle est également étudiée en rééducation pour travailler l’équilibre et prévenir certaines chutes.


En Belgique, des travaux de l’Université libre de Bruxelles (ULB) ont notamment exploré l’intérêt de la réalité virtuelle dans l’étude et la rééducation de l’équilibre.


Ces recherches sont intéressantes pour comprendre les possibilités de l’outil.

Attention cependant : elles ne portent pas spécifiquement sur la fibromyalgie.

Il ne faudrait donc pas utiliser cette source comme preuve de l’efficacité de la réalité virtuelle dans notre maladie.

Elle montre plutôt que cette technologie trouve progressivement sa place dans certains domaines de la réadaptation en Belgique.


Une évolution plus large vers les outils numériques


La réalité virtuelle s’inscrit également dans une évolution plus générale de la prise en charge vers des outils numériques et des formes de suivi à distance.


En Belgique, lINAMI a notamment développé de nouvelles possibilités de suivi et de télémonitoring dans différents secteurs des soins, y compris en kinésithérapie.

Là encore, cela ne signifie pas que l’INAMI recommande ou rembourse spécifiquement la réalité virtuelle pour la fibromyalgie.


Cette évolution montre cependant que les outils numériques prennent progressivement une place plus importante dans l’organisation des soins et de la réadaptation.


Peut-elle réellement diminuer la douleur ?


Certaines études montrent une diminution de la douleur après des interventions en réalité virtuelle.


Plusieurs mécanismes peuvent intervenir.

L’immersion peut notamment mobiliser fortement l’attention et diminuer temporairement la place occupée par le signal douloureux.


Dans d’autres situations, la réalité virtuelle est justement utilisée comme outil de distraction lors de soins douloureux.


Mais dans la fibromyalgie, son intérêt pourrait surtout être de permettre à certaines personnes de réinvestir progressivement le mouvement dans un contexte perçu comme plus sécurisant ou plus agréable.


Cela ne signifie pas que la réalité virtuelle traite directement la cause de la douleur nociplastique.


Pas nécessairement un casque


Il ne faut pas non plus réduire toute la réalité virtuelle au gros casque immersif.


Certains programmes utilisent :

  • un écran ;

  • des capteurs ;

  • une caméra ;

  • des jeux interactifs ;

  • des systèmes détectant les mouvements du corps.


Cela peut être intéressant pour les personnes qui tolèrent mal les casques.

Car tout le monde ne les supporte pas.


Vertiges, nausées, fatigue visuelle…


La réalité virtuelle peut provoquer ce que l’on appelle le cybersickness, une sorte de mal des transports lié à l’environnement virtuel.


Il peut se manifester par :

  • des nausées ;

  • des vertiges ;

  • des maux de tête ;

  • une fatigue visuelle ;

  • une sensation d’instabilité ;

  • une désorientation.

Ce point mérite une attention particulière dans la fibromyalgie.


Certaines personnes présentent déjà :

  • des vertiges ;

  • des migraines ;

  • une hypersensibilité visuelle ;

  • des troubles de l’équilibre ;

  • une fatigue importante.


Il est donc préférable de commencer progressivement et d’arrêter si l’expérience provoque des symptômes importants.


Acheter un casque pour traiter sa fibromyalgie ?


Pas si vite.


Les casques grand public deviennent de plus en plus accessibles et les applications de sport, de relaxation ou de méditation se multiplient.


Mais jouer ou faire quelques exercices chez soi avec un casque n’est pas la même chose que participer à un programme de réadaptation construit, progressif et évalué.


Avant d’investir dans une technologie présentée comme thérapeutique, quelques questions sont utiles :

  • quel est l’objectif du programme ?

  • a-t-il réellement été étudié chez des personnes atteintes de fibromyalgie ?

  • quels exercices propose-t-il ?

  • sont-ils adaptables ?

  • existe-t-il une progression ?

  • les bénéfices annoncés reposent-ils sur des études ou uniquement sur un discours commercial ?


Comme toujours : innovation ne signifie pas automatiquement efficacité.


Alors, gadget ou véritable outil ?


Probablement ni l’un ni l’autre de manière absolue.


La réalité virtuelle n’est plus seulement un gadget.

Elle est véritablement étudiée dans la fibromyalgie et les résultats obtenus justifient de poursuivre les recherches.

Mais elle n’est pas non plus devenue un traitement incontournable de la maladie.


Pour l’instant, on peut la considérer plutôt comme un outil potentiel de réadaptation, susceptible d’aider certaines personnes à :

  • bouger davantage ;

  • retrouver confiance dans le mouvement ;

  • travailler certaines capacités ;

  • rendre l’exercice plus motivant ;

  • parfois diminuer momentanément la perception de la douleur.


Son intérêt dépendra probablement beaucoup de la personne, du programme utilisé et de l’objectif poursuivi.


À retenir


La réalité virtuelle est aujourd’hui étudiée spécifiquement dans la fibromyalgie.

Les recherches récentes montrent des résultats encourageants sur :

  • la douleur ;

  • la fatigue ;

  • l’impact de la maladie ;

  • la qualité de vie ;

  • certains symptômes psychologiques ;

  • et certaines capacités fonctionnelles.

Mais les études restent relativement petites et différentes les unes des autres.

Le niveau de preuve reste donc encore limité.

Nous ne savons pas encore précisément quels patients en bénéficient le plus, quel programme utiliser ni combien de temps les effets peuvent durer.

La réalité virtuelle mérite donc d’être suivie avec intérêt.

Mais sans lui attribuer plus qu’elle ne peut encore démontrer.

Un casque ne soigne pas la fibromyalgie.

S’il permet en revanche à une personne de bouger plus facilement, de retrouver confiance dans certaines activités ou de participer davantage à sa réadaptation, il peut devenir un outil intéressant parmi d’autres.


Sources


  • Brea-Gómez B., Pérez-Gisbert L., Fernández-Castro I., Valenza M.C., Torres-Sánchez I. (2025). Effects of Virtual Reality-Based Rehabilitation in the Treatment of Patients with Fibromyalgia Syndrome: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Clinical Trials. Games for Health Journal, 14(2), 79–102.

  • Bravo-Aparicio J. et coll. (2026). Effectiveness of Virtual Reality-Based Active Exercise Interventions for Fibromyalgia: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Applied Sciences, 16(4), 1687.

  • Université libre de Bruxelles – Belgique (2024). Chutes, rééducation… : la réalité virtuelle au service de l’équilibre ? Travaux belges sur l’utilisation de la réalité virtuelle dans l’étude et la rééducation de l’équilibre. Ces recherches ne portent pas spécifiquement sur la fibromyalgie.

  • INAMI – Belgique (2026). Informations concernant l’évolution des outils numériques et du suivi à distance en kinésithérapie. Cette source concerne le développement de la santé numérique en Belgique et non l’efficacité spécifique de la réalité virtuelle dans la fibromyalgie.

  • Simón-Vicente L. et coll. (2024). Cybersickness. A systematic literature review of adverse effects related to virtual reality. Neurología, 39(8), 701–709.

 
 
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