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REFORME DU CHOMAGE

  • 30 juil.
  • 9 min de lecture

Fibromyalgie et réforme du chômage : le risque de tomber entre plusieurs systèmes


La réforme qui limite dans le temps les allocations de chômage commence à produire ses effets. Pour MY FIBRO, la question essentielle n’est pas de commenter l’ensemble de cette réforme, mais de comprendre ce qu’elle implique pour les personnes atteintes de fibromyalgie.


Que deviendront celles qui ne peuvent plus exercer un emploi dans des conditions ordinaires, mais dont les limitations ne sont pas suffisamment reconnues ? Seront-elles orientées vers une incapacité de travail, aidées par le CPAS ou simplement laissées sans solution adaptée ?


Les premiers chiffres disponibles montrent des différences importantes entre la Wallonie et la Flandre. Ils doivent nous interpeller, d’autant plus que MY FIBRO développe actuellement une collaboration avec Fibromyalgie Vlaanderen — FiVla.


Près de la moitié des personnes exclues se tournent vers le CPAS en Wallonie


Selon les chiffres officiels du SPP Intégration sociale, 97 652 personnes ont perdu leurs allocations de chômage ou d’insertion en Belgique entre janvier et mai 2026.

Parmi elles, 39 797 ont accédé au revenu d’intégration, soit un taux de report vers les CPAS de 40,8 %.


Les différences entre les Régions sont importantes :

  • 46,2 % en Wallonie ;

  • 39,3 % à Bruxelles ;

  • 30,9 % en Flandre.


En Wallonie, 47 548 personnes ont perdu leurs allocations durant cette période et 21 970 ont accédé au revenu d’intégration. En Flandre, 22 930 personnes ont été exclues et 7 087 ont obtenu ce revenu.


Le SPP Intégration sociale précise que ces chiffres concernent les personnes qui n’étaient pas déjà bénéficiaires du revenu d’intégration le mois précédent. Les données peuvent encore être révisées en fonction des délais d’introduction et de traitement des demandes.


Ces résultats montrent qu’une proportion importante des personnes exclues du chômage ne retrouve pas immédiatement un emploi. En Wallonie, près d’une personne concernée sur deux se retrouve ainsi dans l’obligation de solliciter l’aide du CPAS.


En Flandre, davantage de passages vers l’incapacité de travail


Des données de l’INAMI rapportées par le quotidien flamand De Standaard, puis reprises par Trends-Tendances, montrent une autre différence régionale.


Parmi les personnes ayant perdu leurs allocations de chômage :

  • 19,7 % en Flandre percevraient désormais une indemnité d’incapacité de travail ;

  • 6,7 % en Wallonie ;

  • 6,9 % à Bruxelles.


Autrement dit, le passage du chômage vers l’assurance maladie semble proportionnellement presque trois fois plus fréquent en Flandre qu’en Wallonie.

Ces chiffres ne signifient pas que les chômeurs flamands seraient davantage malades que les chômeurs wallons. Ils ne prouvent pas non plus l’existence d’abus.

Ils indiquent surtout que les parcours suivis après la fin du chômage sont différents : davantage de passages vers l’incapacité de travail en Flandre et davantage de recours aux CPAS en Wallonie.


Il reste à comprendre pourquoi.


Les problèmes de santé sont-ils détectés ou pris en compte plus tôt en Flandre ? Les demandeurs d’emploi y sont-ils mieux informés de leurs droits ? Les orientations proposées par les services de l’emploi sont-elles différentes ? Existe-t-il des variations dans les pratiques des organismes ou dans le profil des personnes touchées par les premières vagues d’exclusion ?


Les chiffres seuls ne permettent pas encore de répondre à ces questions. Ils montrent toutefois la nécessité d’examiner et de comparer les pratiques.


Où se trouvent les personnes atteintes de fibromyalgie ?


C’est précisément ce qui inquiète MY FIBRO.


La fibromyalgie peut entraîner des douleurs persistantes, une fatigue importante, des troubles du sommeil, une fatigabilité rapide ainsi que des difficultés de concentration et de mémoire souvent désignées comme un « brouillard mental ».

Ces symptômes peuvent varier d’une personne à l’autre et fluctuer d’un jour à l’autre.


Certaines personnes peuvent poursuivre une activité professionnelle. D’autres ne peuvent travailler qu’avec des aménagements importants : réduction du temps de travail, horaires adaptés, télétravail, pauses supplémentaires, limitation des déplacements, adaptation des tâches ou reprise progressive.


Pour d’autres encore, le maintien dans une activité professionnelle régulière n’est plus possible, temporairement ou durablement.


Pourtant, une personne atteinte de fibromyalgie peut être considérée comme apte au travail sur le plan administratif tout en étant, dans les faits, incapable de respecter durablement les exigences habituelles d’un emploi.


Elle peut éprouver des difficultés à :

  • se déplacer quotidiennement ;

  • respecter des horaires fixes ;

  • rester longtemps assise ou debout ;

  • maintenir son attention plusieurs heures ;

  • supporter une charge physique ou mentale importante ;

  • garantir une présence régulière malgré les fluctuations de la maladie ;

  • récupérer suffisamment entre deux journées de travail.


Cette personne reste alors inscrite comme demandeuse d’emploi, répond à des offres parfois incompatibles avec son état de santé et risque de subir des échecs successifs.


Lorsque ses allocations prennent fin, elle peut se retrouver dirigée vers le CPAS sans que ses limitations aient été sérieusement évaluées.


On ne choisit pas de « basculer vers la maladie »


L’expression employée dans certains articles de presse peut donner l’impression qu’une personne exclue du chômage pourrait simplement choisir de passer vers la mutualité.


Ce n’est pas le cas.


La remise d’un certificat médical ne suffit pas à garantir une indemnisation. La personne doit respecter les conditions administratives de l’assurance maladie-invalidité et son incapacité doit être reconnue.


Selon l’INAMI, la personne doit notamment avoir cessé son activité pour des raisons de santé et être reconnue incapable de travailler à au moins 66 % par rapport aux professions qu’elle a exercées ou qu’elle aurait pu exercer compte tenu de sa formation. Le médecin-conseil de la mutualité peut examiner le dossier, modifier la période proposée ou convoquer la personne.


MY FIBRO ne demande donc pas que toutes les personnes atteintes de fibromyalgie soient automatiquement déclarées incapables de travailler.


Nous demandons qu’elles ne soient :

  • ni maintenues artificiellement au chômage lorsqu’elles sont réellement incapables de travailler ;

  • ni orientées vers l’incapacité de travail uniquement faute de solution professionnelle adaptée, sans évaluation sérieuse de leur état de santé et de leurs limitations ;

  • ni contraintes d’accepter un emploi incompatible avec leur état de santé ;

  • ni dirigées vers le CPAS simplement parce que leur maladie et leurs limitations n’ont pas été suffisamment reconnues ;

  • ni abandonnées sans revenu parce que les différents organismes se renvoient leur dossier.


Entre l’aptitude administrative et la réalité du marché du travail


L’une des principales difficultés réside dans l’écart entre la capacité théorique et la réalité professionnelle.


Une personne peut ne pas atteindre les critères nécessaires pour être reconnue en incapacité de travail, tout en ayant de grandes difficultés à trouver un employeur capable de tenir compte de ses limitations.


Elle est alors :

  • considérée comme apte au travail par certains organismes ;

  • jugée trop limitée ou insuffisamment disponible par certains employeurs ;

  • insuffisamment accompagnée pour construire une reprise réaliste ;

  • et susceptible de perdre ses allocations faute d’avoir retrouvé un emploi.


Cette situation peut conduire à un véritable vide administratif et social.


Le CPAS devient alors une solution par défaut. Pourtant, le revenu d’intégration ne constitue pas une reconnaissance de la maladie. Il ne répond pas aux besoins médicaux, aux difficultés fonctionnelles ni à la nécessité d’aménager un éventuel retour au travail.


La réforme risque ainsi de déplacer certaines personnes d’un système vers un autre sans résoudre leur véritable problème.


Une information essentielle concernant le délai de 30 jours


La date à laquelle commence une incapacité de travail peut avoir des conséquences importantes sur le droit aux indemnités.


L’INAMI précise que :

  • lorsqu’une incapacité reconnue a commencé avant la fin du droit au chômage, la mutualité continue à verser les indemnités si les autres conditions sont remplies ;

  • lorsqu’une personne est reconnue incapable de travailler moins de 30 jours après la fin de son indemnisation chômage, un droit aux indemnités peut encore être ouvert ;

  • lorsque l’incapacité commence plus de 30 jours après la fin du chômage, sans reprise du travail entre-temps, la personne n’a en principe plus droit aux indemnités d’incapacité sur la base de son ancien statut.


Il ne s’agit évidemment pas de demander un certificat médical injustifié.

Mais une personne dont l’état de santé ne lui permet réellement plus de travailler ne devrait pas attendre d’avoir perdu ses allocations et dépassé ce délai avant de faire évaluer sa situation.


Les personnes concernées sont invitées à prendre rapidement contact avec :

  • leur médecin traitant ;

  • leur mutualité et son service social ;

  • leur syndicat ou la CAPAC ;

  • le service social de leur commune ou leur CPAS.


Chaque situation étant différente, il est important d’obtenir des informations personnalisées avant la fin du droit au chômage.


Pourquoi la situation en Flandre intéresse directement MY FIBRO


Les différences observées entre la Flandre et la Wallonie ne doivent pas servir à opposer les patients ou les Régions.


Elles doivent nous aider à comprendre ce qui fonctionne différemment.


MY FIBRO a récemment entamé une collaboration avec Fibromyalgie Vlaanderen — FiVla. Ce rapprochement permettra notamment de comparer les réalités vécues par les personnes atteintes de fibromyalgie au nord et au sud du pays.


Les patients flamands et francophones sont confrontés aux mêmes douleurs, à la même fatigue et aux mêmes difficultés de reconnaissance. Pourtant, leur parcours administratif, leur accès aux soins et leur orientation professionnelle peuvent varier selon leur Région.


Cette collaboration doit permettre :

  • de comparer les expériences des patients ;

  • d’identifier les éventuelles différences de pratiques ;

  • de partager les solutions qui fonctionnent ;

  • et de défendre ensemble une meilleure reconnaissance de la fibromyalgie à l’échelle belge.


La différence constatée dans les passages vers l’assurance maladie constitue donc un élément important à examiner avec FiVla.


Des compétences réparties entre de nombreux niveaux de pouvoir


En Belgique, la santé, l’incapacité de travail, le handicap, l’emploi et l’aide sociale ne dépendent pas tous du même niveau de pouvoir.


L’assurance chômage et l’assurance maladie-invalidité relèvent principalement du niveau fédéral. L’emploi fait partie des compétences régionales. Les Communautés exercent également des compétences en matière de santé et d’aide aux personnes, tandis que les CPAS interviennent au niveau local.


La situation d’une personne atteinte de fibromyalgie peut donc être examinée successivement par :

  • l’ONEM ;

  • le Forem, le VDAB ou Actiris ;

  • la mutualité et son médecin-conseil ;

  • l’INAMI ;

  • les organismes chargés du handicap ;

  • le CPAS ;

  • différents professionnels de la santé.


Chacun intervient dans les limites de ses compétences. Mais la personne malade, elle, ne peut pas être divisée en plusieurs dossiers indépendants.


Sa santé, ses capacités professionnelles, ses besoins d’aménagement, sa situation familiale et ses ressources financières sont étroitement liés.

Lorsque les services ne communiquent pas suffisamment entre eux, la personne risque d’être renvoyée d’un interlocuteur à l’autre, sans qu’une solution globale ne lui soit proposée.


MY FIBRO a demandé une rencontre avec le cabinet Coppieters


C’est précisément pour cette raison que MY FIBRO a sollicité et obtenu un rendez-vous avec le cabinet du ministre Yves Coppieters.


Le ministre wallon exerce notamment des compétences dans les domaines de la Santé et des Solidarités.


MY FIBRO souhaite exposer au cabinet les difficultés concrètes rencontrées par les personnes atteintes de fibromyalgie et attirer l’attention sur les risques provoqués par le cloisonnement des différents services.


Même si toutes les décisions ne relèvent pas du niveau wallon, il est indispensable que les responsables politiques et les administrations coordonnent davantage leurs actions avec les autres niveaux de pouvoir.


Il faut construire des passerelles entre :

  • les services de santé ;

  • les organismes chargés de l’emploi ;

  • l’assurance maladie-invalidité ;

  • les services liés au handicap ;

  • les mutualités ;

  • les CPAS ;

  • et les associations de patients.


Une politique cohérente ne peut pas se limiter à déplacer une personne du chômage vers la mutualité ou le CPAS.


Ce que demande MY FIBRO


MY FIBRO demande une évaluation individuelle, sérieuse et multidisciplinaire des capacités et des limitations de chaque personne.


Lorsqu’une personne peut encore travailler, elle doit pouvoir bénéficier d’un véritable accompagnement et d’aménagements adaptés à son état de santé.

Lorsqu’une personne ne peut réellement plus travailler, son incapacité doit pouvoir être reconnue sans qu’elle doive auparavant subir des années d’échecs professionnels, d’épuisement et de précarité.

Lorsqu’une reprise est envisageable, elle doit être progressive, réaliste et compatible avec les limitations de la personne.


Enfin, lorsqu’une personne passe d’un organisme à un autre, la continuité de ses droits et de ses revenus doit être protégée.


L’objectif d’une politique publique ne devrait pas être de faire disparaître une personne des statistiques du chômage en la transférant vers une autre administration.


Il devrait être de lui permettre d’accéder au statut, aux soins, aux droits et à l’accompagnement qui correspondent réellement à sa situation.


Derrière chaque chiffre se trouve une personne qui doit pouvoir continuer à se soigner, se loger, payer ses charges et vivre dignement malgré la maladie.


Sitographie

SPP Intégration sociale, « Statistiques des bénéficiaires d’un revenu d’intégration — fin du droit aux allocations de chômage ou d’insertion ».https://www.mi-is.be/fr/etudes-publications-statistiques/exclus-du-chomage

Consulté le 30 juillet 2026.


Institut national d’assurance maladie-invalidité — INAMI, « Limitation dans le temps du chômage : impact sur votre droit aux indemnités d’incapacité de travail ou du repos de maternité ».https://www.inami.fgov.be/fr/themes/incapacite-de-travail/salaries-et-chomeurs/limitation-dans-le-temps-du-chomage-impact-sur-votre-droit-aux-indemnites-d-incapacite-de-travail-ou-du-repos-de-maternite

Consulté le 30 juillet 2026.


Institut national d’assurance maladie-invalidité — INAMI, « Déclarer son incapacité de travail et en obtenir la reconnaissance comme travailleur salarié ou chômeur ».https://www.inami.fgov.be/fr/themes/incapacite-de-travail/salaries-et-chomeurs/declarer-son-incapacite-de-travail

Consulté le 30 juillet 2026.


Office national de l’emploi — ONEM, « Réforme de l’assurance chômage ».https://www.onem.be/reforme-de-la-reglementation-du-chomage

Consulté le 30 juillet 2026.


Consulté le 30 juillet 2026.


Consulté le 30 juillet 2026.


Site officiel du ministre Yves Coppieters, présentation du ministre et de ses compétences.

Consulté le 30 juillet 2026.


Trends-Tendances, « Réforme du chômage : les chômeurs flamands basculent vers la maladie, les Wallons vers le CPAS ». Données de l’INAMI rapportées par la presse.

Consulté le 30 juillet 2026.


De Standaard, « Meer Vlaamse dan Waalse werklozen stroomden door naar ziekte-uitkering » — « Davantage de chômeurs flamands que wallons sont passés vers une indemnité de maladie ».

Consulté le 30 juillet 2026.

 
 
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