TAÏ CHI
Dernière mise à jour : 2 sept.

Des mouvements lents, continus et fluides.
Une attention portée à la posture, à l’équilibre et à la respiration.
Le tai-chi, ou Tai Ji Quan, est un art corporel d’origine chinoise issu des arts martiaux traditionnels.
Aujourd’hui, il est souvent pratiqué davantage comme une activité douce associant mouvement, coordination, concentration et respiration que comme un art de combat.
Et cette combinaison peut être particulièrement intéressante lorsqu’on vit avec une fibromyalgie.
Mais il faut immédiatement apporter une nuance importante :
lent ne signifie pas forcément facile.
Bouger lentement peut demander beaucoup d’efforts
Le tai-chi se caractérise par des mouvements réalisés lentement, avec des changements progressifs d’appui et de position.
Il peut ainsi faire travailler :
la mobilité ;
l’équilibre ;
la coordination ;
les membres inférieurs ;
le contrôle postural ;
et, selon les formes pratiquées, une certaine endurance musculaire.
Vu de l’extérieur, l’intensité paraît parfois faible.
Pourtant, maintenir une position, garder les genoux légèrement fléchis, transférer lentement son poids d’une jambe à l’autre et contrôler chaque mouvement peut demander beaucoup plus d’effort qu’on ne l’imagine.
Avec la fibromyalgie, cela peut parfaitement convenir à certaines personnes…
et devenir rapidement douloureux ou épuisant pour d’autres.
Que montrent les études dans la fibromyalgie ?
L’une des études les plus connues a été publiée dans le British Medical Journal en 2018.
Elle avait inclus 226 personnes atteintes de fibromyalgie et comparé plusieurs programmes de tai-chi à un programme d’exercice aérobie.
Après 24 semaines, le tai-chi avait entraîné une amélioration plus importante de l’impact global de la fibromyalgie que l’exercice aérobie. Les programmes pratiqués pendant 24 semaines obtenaient de meilleurs résultats que ceux de 12 semaines.
Cette étude avait donc apporté un signal particulièrement intéressant.
Depuis, d’autres recherches ont été publiées.
Une méta-analyse de 2024 regroupant différents exercices chinois traditionnels — notamment tai-chi et qigong — retrouve des améliorations possibles de la douleur, de la fatigue, du sommeil et de l’impact de la fibromyalgie.
Une méta-analyse publiée en 2026 sur les exercices corps-esprit dans la fibromyalgie, incluant tai-chi, qigong, yoga et Pilates, retrouve également des effets favorables sur plusieurs dimensions, avec toutefois une importante hétérogénéité entre les études. Le tai-chi y apparaît parmi les approches présentant les résultats les plus réguliers.
Mais toutes les analyses ne donnent pas des résultats aussi nets : une autre revue récente consacrée aux douleurs musculosquelettiques chroniques ne retrouvait pas d’effet statistiquement significatif du tai-chi sur la douleur spécifiquement dans le sous-groupe fibromyalgie.
La conclusion raisonnable est donc :
le tai-chi est une approche prometteuse et suffisamment étudiée pour être proposée, mais il ne fonctionne pas nécessairement de la même manière chez tout le monde.
Que disent les recommandations ?
Les recommandations françaises de la HAS, publiées en 2025, classent le tai-chi parmi les techniques « corps-esprit » fondées sur le mouvement qui peuvent améliorer modérément la douleur et les capacités fonctionnelles à court terme dans la fibromyalgie.
Elles insistent aussi sur un élément essentiel : ces pratiques nécessitent un apprentissage, afin de pouvoir ensuite être pratiquées de manière autonome.
Autrement dit, quelques mouvements découverts au hasard sur internet ne constituent pas forcément encore du tai-chi.
Un apprentissage progressif permet de mieux comprendre :
les déplacements du poids du corps ;
les postures ;
les enchaînements ;
la coordination avec la respiration ;
et la manière d’adapter les mouvements à ses capacités.
Et l’équilibre ?
Cet aspect peut être particulièrement intéressant dans la fibromyalgie.
Les mouvements du tai-chi demandent de transférer progressivement le poids d’une jambe à l’autre et de contrôler la position du corps.
La pratique est d’ailleurs étudiée depuis longtemps pour ses effets sur l’équilibre dans différentes populations.
Cela ne signifie pas que le tai-chi empêchera les chutes chez toute personne atteinte de fibromyalgie.
Mais pour quelqu’un qui souhaite travailler équilibre, coordination et mobilité dans une même activité, il peut constituer une option intéressante.
Faut-il réussir toutes les postures ?
Absolument pas.
Comme pour le yoga, le tai-chi doit pouvoir être adapté aux capacités de la personne.
Selon les difficultés, on peut :
réduire l’amplitude des mouvements ;
effectuer des enchaînements plus courts ;
prendre davantage de pauses ;
utiliser un appui ;
pratiquer certaines séquences assis ou avec une chaise à proximité ;
éviter une position qui provoque trop de douleur.
Le but n’est pas de reproduire parfaitement la démonstration du professeur.
La précision peut s’apprendre progressivement. La douleur, elle, n’a pas besoin d’être un passage obligé.
Tai-chi et qigong : est-ce la même chose ?
Les deux pratiques sont proches et souvent étudiées ensemble, mais elles ne sont pas identiques.
Le tai-chi repose généralement sur des enchaînements continus de mouvements issus d’un art martial.
Le qigong utilise souvent des exercices plus courts, répétés, associés à la respiration et à l’attention.
Dans la pratique, les frontières peuvent cependant être moins nettes selon les écoles et les enseignants.
Les deux font aujourd’hui l’objet de recherches comme activités dites corps-esprit.
Il n’est donc pas nécessaire de décider laquelle serait « la meilleure ».
Le choix peut tout simplement dépendre de celle que l’on apprécie et que l’on peut pratiquer régulièrement.
Et en Belgique ?
Le tai-chi n’est pas un traitement médical spécifique de la fibromyalgie et ne bénéficie pas d’un remboursement INAMI propre à cette indication.
Il peut néanmoins s’intégrer à une prise en charge plus large fondée sur le mouvement et l’activité adaptée.
En 2026, le KCE insiste sur la nécessité d’une prise en charge multimodale et individualisée de la douleur chronique en Belgique : les interventions doivent être choisies en fonction des besoins, des possibilités et des préférences de la personne.
Si vous souhaitez essayer le tai-chi, mieux vaut donc rechercher un enseignant capable d’accepter les adaptations et de respecter les fluctuations liées à la maladie.
Un cours dans lequel on vous demande de tenir coûte que coûte une position douloureuse n’est probablement pas le meilleur endroit pour apprendre à prendre soin de votre corps.
À retenir
Le tai-chi est une activité douce associant mouvement, équilibre, coordination, concentration et respiration.
Les études menées dans la fibromyalgie sont globalement encourageantes, et les recommandations récentes considèrent qu’il peut améliorer modérément certains symptômes et les capacités fonctionnelles.
Mais ce n’est ni un traitement miracle ni une obligation.
Pour certaines personnes, il deviendra une pratique agréable et durable.
Pour d’autres, ce sera le yoga, la marche, la piscine ou tout autre mouvement qui leur conviendra mieux.
L’essentiel reste de trouver une activité suffisamment adaptée pour avoir envie de la poursuivre.
Avec le tai-chi, avancer ne signifie pas forcément aller vite.
Et avec la fibromyalgie…
réapprendre à avancer doucement peut déjà être une belle façon d’avancer.
Sources
Haute Autorité de Santé – France (2025). Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique. Le tai-chi figure parmi les techniques corps-esprit pouvant améliorer modérément la douleur et les capacités fonctionnelles à court terme.
Wang C. et al. (2018). Effect of tai chi versus aerobic exercise for fibromyalgia: comparative effectiveness randomized controlled trial. BMJ, 360, k851. Essai auprès de 226 personnes atteintes de fibromyalgie.
Mao S. et al. (2024). Effects of Traditional Chinese Martial Arts and Stretching Exercises on Symptoms of Fibromyalgia: A Systematic Review and Meta-Analysis. Perceptual and Motor Skills, 131(6), 2244–2275.
Zhang B. et al. (2026). Effects of Mind-Body Exercise Therapies on Patients With Fibromyalgia: A Systematic Review and Meta-analysis. Journal of Physical Activity and Health, 23(5), 600–617.
KCE – Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé, Belgique (2026). Neuf domaines d’action pour améliorer la prise en charge multimodale de la douleur chronique en Belgique. KCE Reports 414B.
