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THERAPIES COGNITO-COMPORTEMENTALES

19 juil. 2024
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 6 sept.


« Pourquoi me propose-t-on une thérapie alors que j’ai mal dans mon corps ? »


La question est légitime.


Lorsqu’on vit avec une fibromyalgie et que quelqu’un évoque une thérapie cognitivo-comportementale (TCC), on peut parfois entendre derrière cette proposition :

« On pense que ma douleur est psychologique. »

Ou :

« On va m’apprendre à penser autrement pour que je n’aie plus mal. »

Ce n’est pas ce que devrait être une TCC bien conduite.

La douleur de la fibromyalgie est réelle. La proposer ne signifie ni que la maladie est imaginaire, ni que les pensées en sont la cause.


Les TCC cherchent plutôt à travailler sur certaines conséquences de la douleur chronique et sur les interactions qui peuvent exister entre ce que nous vivons, nos pensées, nos émotions et nos comportements.


La Haute Autorité de santé les classe parmi les approches psychologiques les plus étudiées dans la fibromyalgie. En Belgique, le KCE rappelle plus largement que la douleur chronique nécessite souvent une prise en charge multimodale, pouvant combiner interventions biomédicales, psychologiques et sociales.


Qu’est-ce qu’une TCC ?


Les thérapies cognitivo-comportementales regroupent plusieurs formes de psychothérapie.


Elles s’intéressent notamment aux relations entre :

ce que nous pensons ;

ce que nous ressentons ;

ce que nous faisons ;

et

ce qui se passe dans notre environnement.


L’idée n’est pas de rechercher pendant des années pourquoi nous sommes devenus comme nous sommes.

La TCC travaille beaucoup sur les difficultés présentes et les moyens concrets d’y faire face.

Le thérapeute et la personne définissent généralement ensemble des objectifs précis.

La thérapie peut comprendre des échanges pendant les séances, mais aussi des observations ou des exercices entre les rendez-vous.


Non, il ne s’agit pas simplement de « remplacer les pensées négatives par des pensées positives »


Cette formule est souvent utilisée pour expliquer les TCC.

Elle est pourtant très réductrice.


Prenons une pensée comme :

« Si je vais à cette sortie, je vais être épuisée demain. »

Avec une fibromyalgie, cette crainte peut être parfaitement fondée.

Une TCC ne devrait donc pas chercher à la remplacer artificiellement par :

« Tout ira très bien ! »


Le travail serait plutôt de regarder la situation avec davantage de précision :

Que s’est-il passé les fois précédentes ?

Quelle est la durée prévue ?

Puis-je adapter l’activité ?

Prévoir une pause ?

Partir plus tôt ?

Est-ce une activité qui compte suffisamment pour moi pour accepter éventuellement certaines conséquences ?

L’objectif n’est pas de penser positif. Il est de penser aussi justement et utilement que possible.


Ce qui peut être travaillé en TCC


Il n’existe pas un programme identique pour toutes les personnes atteintes de fibromyalgie.


Selon les difficultés rencontrées, une TCC peut notamment travailler sur :

les réactions face à la douleur ;

le sommeil ;

l’anxiété ou la dépression lorsqu’elles sont présentes ;

la peur de certaines activités ;

les comportements d’évitement ;

les périodes où l’on en fait beaucoup trop puis où l’on s’effondre ;

l’organisation des activités ;

la reprise progressive de certaines occupations ;

la résolution de problèmes ;

ou encore

les pensées qui augmentent inutilement la détresse.


Des techniques de relaxation peuvent parfois être utilisées, mais elles ne constituent pas le cœur obligatoire d’une TCC.

De même, l’exposition — se confronter progressivement à une situation évitée — peut être pertinente lorsqu’une peur ou un évitement limite fortement la vie de la personne. Elle n’est pas un exercice imposé systématiquement à tous les patients fibromyalgiques.


Un exemple très concret


Imaginons une personne qui a connu plusieurs poussées douloureuses après une activité physique.


Elle finit par penser :

« Bouger est dangereux pour moi. »

Elle réduit progressivement ses activités.

Elle perd confiance.

Son quotidien se rétrécit.


Dans ce cas, le thérapeute peut l’aider à distinguer :

ce qui représente réellement une limite ;

ce qui relève de l’anticipation ou de la peur ;

et ce qui peut éventuellement être repris progressivement et de manière adaptée.


Mais imaginons maintenant une autre personne qui a tendance à faire exactement l’inverse :

lorsqu’elle se sent un peu mieux, elle fait tout ce qu’elle n’a pas pu faire pendant plusieurs jours…

puis le paie très cher ensuite.


Le travail sera différent.

Il pourra porter sur la planification, le rythme et la capacité à s’arrêter avant l’épuisement.


La même thérapie ne doit donc pas pousser tout le monde dans la même direction.


« Modifier son comportement » ne veut pas dire ignorer son corps


C’est une nuance essentielle dans la fibromyalgie.


Encourager une personne à reprendre progressivement certaines activités ne signifie pas qu’elle doit dépasser systématiquement ses limites.

Et réduire un évitement lié à la peur n’est pas la même chose que demander à quelqu’un d’ignorer les conséquences réelles d’un effort.


Une bonne TCC doit tenir compte de la situation concrète de la personne.

Son état physique.

Ses autres maladies éventuelles.

Son niveau de fatigue.

Son sommeil.

Son travail.

Sa famille.

Ses ressources.

Ses limites.

Et ce qui est important pour elle.


Que montrent les études dans la fibromyalgie ?


Les TCC sont parmi les interventions psychologiques les plus étudiées dans la fibromyalgie.


Une importante revue portant sur 29 essais randomisés et plus de 2 500 participants a retrouvé des bénéfices par rapport aux groupes contrôles sur plusieurs dimensions, notamment certaines mesures de douleur, d’humeur, de handicap, de fatigue et de qualité de vie. Les effets restent toutefois généralement modestes.


Une vaste méta-analyse comparant de nombreux traitements de la fibromyalgie a également retrouvé un effet favorable de la TCC sur la douleur à court terme, mais d’une ampleur qui ne dépassait pas le seuil considéré comme une amélioration cliniquement importante pour le patient.


Plus récemment, une méta-analyse de 2024 consacrée aux TCC et à l’ACT a retrouvé des améliorations modestes des symptômes dépressifs et anxieux chez les personnes atteintes de fibromyalgie.


Un essai randomisé publié en 2026 montre également qu’une TCC individualisée, ajoutée aux soins habituels, peut améliorer plusieurs dimensions comme l’anxiété, la dépression, le sommeil et l’impact global de la maladie. C’est intéressant, mais une étude isolée ne suffit évidemment pas à transformer la TCC en solution universelle.


Donc… est-ce efficace ou pas ?


La réponse la plus honnête est :

cela peut aider certaines personnes, sur certaines dimensions, avec des effets généralement modestes.


La TCC n’est pas un traitement qui ferait disparaître la fibromyalgie.

Elle ne « répare » pas le système nerveux.

Elle ne garantit pas une réduction importante de la douleur.

Et elle n’est pas nécessairement utile à tout le monde.


En revanche, elle peut aider certaines personnes à :

mieux faire face à la douleur ;

retrouver davantage de confiance dans certaines activités ;

réduire l’anxiété ou les symptômes dépressifs lorsqu’ils existent ;

modifier certains comportements devenus peu utiles ;

ou retrouver davantage de possibilités dans leur quotidien.


La HAS considère d’ailleurs les TCC comme les psychothérapies les plus évaluées scientifiquement dans la fibromyalgie, tout en soulignant les incertitudes et les biais encore présents dans la littérature.


Et l’ACT ?


L’Acceptance and Commitment Therapy (ACT) appartient à ce que l’on appelle parfois la « troisième vague » des thérapies cognitivo-comportementales.

Elle partage certaines racines avec les TCC mais met davantage l’accent sur la flexibilité psychologique, les valeurs, l’acceptation de ce qui ne peut pas être immédiatement changé et l’action engagée.

Nous lui avons consacré un article spécifique, car son approche mérite d’être expliquée séparément.


Une TCC n’est pas obligatoire parce qu’on a une fibromyalgie


C’est peut-être le point le plus important.

Avoir une fibromyalgie ne signifie pas automatiquement avoir besoin d’une psychothérapie.

Certaines personnes en tireront beaucoup.

D’autres peu.

Certaines en auront besoin à un moment particulier de leur parcours.

D’autres jamais.


Une personne qui vit relativement bien psychologiquement avec sa maladie n’a pas à suivre une TCC simplement parce que son diagnostic est la fibromyalgie.

Et lorsqu’une TCC est proposée, il devrait être possible d’expliquer clairement :

pourquoi elle est proposée ;

quel problème précis elle cherche à améliorer ;

et

ce que la personne peut raisonnablement en attendre.


La psychologie peut constituer une composante d’une prise en charge multimodale.

Elle ne doit pas devenir l’endroit où l’on envoie le patient lorsque la médecine ne sait plus quoi lui proposer.


Sources


  • Haute Autorité de santé (HAS). – Fibromyalgie de l’adulte : conduite diagnostique et stratégie thérapeutique, 2025. Les TCC y sont présentées parmi les psychothérapies les plus évaluées dans la fibromyalgie.

  • Haute Autorité de santé (HAS). – Fibromyalgie – Comprendre la maladie pour mieux vivre avec ses symptômes, 2025. Document d’information destiné aux patients.

  • KCE – Centre fédéral d’expertise des soins de santé, Belgique. Jonckheer P., Desomer A., Benahmed N., Vos B., Lenoir D. – Neuf domaines d’action pour améliorer la prise en charge multimodale de la douleur chronique en Belgique, rapport 414B, 2026.

  • Bernardy K. et al. – Efficacy, acceptability and safety of cognitive behavioural therapies in fibromyalgia syndrome – A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. European Journal of Pain, 2018;22(2):242-260. Analyse de 29 essais randomisés regroupant 2 509 participants.

  • Mascarenhas R. O. et al. – Association of Therapies With Reduced Pain and Improved Quality of Life in Patients With Fibromyalgia: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA Internal Medicine, 2021;181(1):104-112.

  • Cojocaru C. M. et al. – Cognitive-behavioral therapy and acceptance and commitment therapy for anxiety and depression in patients with fibromyalgia: a systematic review and meta-analysis. Medicine and Pharmacy Reports, 2024;97(1):26-34.

  • Kocyigit B. F. et al. – Individualized cognitive-behavioral therapy improves anxiety, depression, sleep quality, hopelessness, and disease severity in fibromyalgia syndrome: a single-blind randomized controlled trial. Rheumatology International, 2026;46:114.

 
 
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