YOGA DU RIRE
Dernière mise à jour : 2 sept.

Rire sans blague, sans humour et même sans avoir particulièrement envie de rire ?
C’est le principe, un peu déroutant au départ, du yoga du rire.
Cette pratique a été développée dans les années 1990 par le médecin indien Madan Kataria. Elle associe des exercices de rire volontaire, des jeux en groupe, des mouvements et des exercices respiratoires inspirés du yoga.
Le rire commence donc souvent de manière volontaire.
Et puis, dans un groupe, il arrive qu’un rire en entraîne un autre…
jusqu’à ce que le rire « pour de faux » finisse parfois en véritable fou rire.
Faut-il vraiment trouver cela drôle ?
Non.
C’est justement l’une des particularités du yoga du rire.
Les exercices ne reposent pas sur des blagues ou sur le sens de l’humour. Les participants sont invités à produire volontairement des sons et des mouvements associés au rire.
Cela peut paraître complètement artificiel au début.
Et c’est parfaitement normal.
Certaines personnes entrent rapidement dans le jeu.
D’autres restent beaucoup plus réservées.
On ne peut pas mettre le rire sur ordonnance… ni obliger quelqu’un à trouver cela amusant.
Le corps fait-il vraiment la même chose avec un « faux » rire ?
On lit souvent que :
« le corps ne fait aucune différence entre un rire simulé et un rire spontané ».
C’est une jolie formule.
Mais elle est trop catégorique.
Les deux formes de rire mobilisent effectivement une partie des mêmes mécanismes respiratoires, musculaires et émotionnels.
Cependant, des études montrent aussi que leurs réponses physiologiques peuvent différer.
Par exemple, un essai randomisé réalisé chez 120 étudiants a observé une diminution du cortisol après une séance de yoga du rire comme après le visionnage d’une comédie, mais l’évolution dans le temps n’était pas identique dans les deux groupes.
Il est donc plus juste de dire :
un rire volontaire peut produire certains effets physiologiques et psychologiques, même s’il n’est pas exactement équivalent à un rire spontané.
Que dit la recherche ?
Les thérapies utilisant le rire ont été étudiées dans différentes populations.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2019 concluait que les interventions provoquant le rire pouvaient améliorer notamment certains symptômes dépressifs, anxieux et le stress perçu.
Mais les auteurs insistaient sur la faible qualité globale des études et leur risque important de biais.
Une nouvelle méta-analyse publiée en 2026 a regroupé 15 essais randomisés et 1 344 adultes.
Les interventions — yoga du rire, rire simulé ou activités basées sur l’humour — étaient associées à une réduction du stress.
Mais les résultats différaient énormément d’une étude à l’autre.
Le signal est donc intéressant.
La certitude l’est beaucoup moins.
Et dans la fibromyalgie ?
C’est ici que nous devons être particulièrement prudents.
Les effets généraux du rire sont souvent extrapolés à la fibromyalgie.
Pourtant, nous ne disposons pas actuellement de preuves suffisamment solides permettant d’affirmer que le yoga du rire réduit spécifiquement la douleur, la fatigue ou les autres symptômes de la fibromyalgie.
Cela ne signifie pas qu’une personne atteinte de fibromyalgie ne puisse pas en retirer un bénéfice.
Une séance peut réunir plusieurs éléments potentiellement agréables :
mouvement doux ;
respiration ;
interaction sociale ;
jeu ;
distraction ;
relâchement ;
et, parfois, véritable fou rire.
Et dans une maladie qui peut favoriser l’isolement, le simple fait de rire avec d’autres personnes peut déjà avoir une valeur.
Chez MY FIBRO, nous l’avons testé
MY FIBRO a déjà proposé des séances de yoga du rire à ses membres.
Certaines personnes ont commencé avec un peu de scepticisme — ce qui est assez compréhensible lorsqu’on vous demande de rire sans raison !
Puis le jeu collectif a parfois fait son œuvre.
Le rire est devenu naturel.
Et surtout, la séance a offert un moment de légèreté, de partage et de détente.
Cette expérience ne constitue évidemment pas une preuve scientifique.
Mais dans une rubrique consacrée aux approches complémentaires, le ressenti compte aussi.
Une activité n’a pas besoin de traiter la fibromyalgie pour avoir le droit d’apporter un bon moment.
Et la douleur ?
Le rire peut temporairement détourner l’attention, modifier l’état émotionnel et entraîner différentes réponses physiologiques.
Certaines recherches menées dans d’autres contextes douloureux suggèrent une modification possible de la perception de la douleur.
Mais il serait excessif d’en déduire :
« rire libère des endorphines et agit comme un antidouleur naturel contre la fibromyalgie ».
Les mécanismes de la douleur sont beaucoup plus complexes.
Si quelqu’un constate qu’après une séance il est plus détendu ou ressent momentanément moins sa douleur, ce bénéfice est parfaitement recevable.
Il n’est simplement pas nécessaire de lui attribuer un mécanisme que nous n’avons pas démontré.
Tout le monde peut-il participer ?
Le yoga du rire est généralement une activité douce, mais « accessible à tous » est encore une affirmation trop absolue.
Rire intensément sollicite notamment les muscles respiratoires et abdominaux.
Une personne très fatiguée, présentant des douleurs thoraciques ou abdominales, une gêne respiratoire ou certaines difficultés médicales peut ne pas se sentir à l’aise.
Et le caractère très collectif et démonstratif de la pratique peut également rebuter certaines personnes.
Il faut pouvoir :
participer à son rythme ;
s’asseoir si nécessaire ;
diminuer l’intensité ;
s’arrêter ;
ou simplement observer un exercice.
Une séance de rire ne devrait jamais devenir une obligation de bonne humeur.
Rire lorsque l’on va mal ?
C’est un point important.
Proposer le rire à des personnes vivant avec une maladie chronique ne doit jamais sous-entendre :
« Il suffit de rire et de rester positif. »
On peut souffrir.
Être en colère.
Être triste.
En avoir assez.
Et rire malgré tout à un autre moment.
Les deux ne sont pas incompatibles.
Le yoga du rire n’a pas à effacer les émotions difficiles.
Il peut simplement offrir, pour ceux qui l’apprécient, une parenthèse différente.
À retenir
Le yoga du rire associe rire volontaire, respiration, mouvement et interaction en groupe.
Les recherches générales sur les interventions basées sur le rire suggèrent des effets possibles sur le stress et certaines dimensions du bien-être psychologique, mais leur qualité reste limitée et les résultats sont très variables.
Nous ne disposons pas actuellement de preuves suffisantes pour présenter le yoga du rire comme un traitement spécifique de la fibromyalgie.
Mais ce n’est pas pour autant une raison de lui retirer tout intérêt.
Si une séance permet de bouger un peu, de rencontrer d’autres personnes, de relâcher certaines tensions et surtout de rire…
pourquoi faudrait-il absolument lui demander davantage ?
Le rire ne soigne peut-être pas la fibromyalgie.
Mais dans les journées où elle prend beaucoup de place,
lui en voler quelques minutes pour rire n’est déjà pas si mal.
Sources
van der Wal C.N., Kok R.N. (2019). Laughter-inducing therapies: Systematic review and meta-analysis. Social Science & Medicine, 232, 473–488. Les interventions basées sur le rire montrent des effets possibles sur certaines dimensions psychologiques, mais la qualité des études est globalement faible.
Laughter intervention for stress reduction in adults: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials (2026). Quinze essais randomisés, 1 344 participants ; diminution du stress observée, avec une très forte hétérogénéité entre les études.
Fujisawa A. et al. (2018). Effect of laughter yoga on salivary cortisol and dehydroepiandrosterone among healthy university students: A randomized controlled trial. Étude montrant des modifications du cortisol après rire volontaire et rire spontané, avec des dynamiques physiologiques différentes.
KCE – Centre fédéral d’Expertise des Soins de Santé, Belgique (2026). Neuf domaines d’action pour améliorer la prise en charge multimodale de la douleur chronique en Belgique.
