Résolution fibromyalgie : ce que dit le rapport de la Chambre
La commission Santé de la Chambre a rejeté la proposition de résolution qui demandait une meilleure reconnaissance de la fibromyalgie et un trajet de soins spécifique.

Ce texte, déposé par le député François De Smet (DéFI), était né à l'initiative de MY FIBRO. Le rapport officiel de la commission, daté du 3 juillet 2026, permet de comprendre ce qui s'est passé : ce qui était demandé, ce que les partis ont répondu, pourquoi le texte n'est pas passé et ce qui se prépare pour la suite.
Ce que demandait la résolution
La proposition (DOC 56 1254) a été déposée à la Chambre le 5 novembre 2025. Elle faisait suite à l'interpellation du ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, par François De Smet, que nous avions sollicité.
Dans son exposé, le député rappelait qu'environ 300 000 personnes vivent avec la fibromyalgie en Belgique. L'OMS la classe parmi les douleurs chroniques primaires. Elle reste pourtant doublement invisible : sans marqueur biologique, souvent diagnostiquée tard, et encore mise en doute par une partie de l'entourage et des soignants.
Le texte demandait notamment :
un trajet de soins spécifique, coordonné entre le médecin généraliste, les spécialistes, les kinésithérapeutes et les psychologues ;
une approche biopsychosociale, qui ne se limite pas aux médicaments ;
de meilleurs remboursements, notamment en kinésithérapie et en psychologie ;
des soins de proximité ;
la reconnaissance de la fibromyalgie comme handicap invisible.
François De Smet rappelait aussi que la Chambre avait déjà adopté une résolution sur la fibromyalgie en 2011, jamais pleinement appliquée.
Ce qu'ont répondu les experts consultés
La commission s'est réunie les 20 janvier, 2 juin et 23 juin 2026. Plutôt que d'organiser des auditions, elle a demandé des avis écrits à une douzaine d'acteurs : le KCE, l'INAMI, Sciensano, Pijnpunt, le Vlaams Patiëntenplatform, les professeurs Bart Morlion, Jo Nijs et Els Clays, Focus Fibromyalgie et le Dr Etienne Masquelier, et MY FIBRO.
Le KCE estime que les demandes de la résolution correspondent à ses propres recommandations sur la douleur chronique. C'est un appui important : le Centre fédéral d'expertise des soins de santé est l'organisme sur lequel les autorités s'appuient pour décider.
Les associations, dont MY FIBRO, ont confirmé le besoin de reconnaissance, de meilleurs soins et de recherche. Elles ont aussi exprimé une crainte : que le projet P7 de l'INAMI, qui prépare un parcours commun à plusieurs maladies, ne laisse pas assez de place à la fibromyalgie.
Selon ce qui a été rapporté en commission, l'INAMI prévoit d'étendre le trajet de soins du covid long au syndrome de fatigue chronique et à la fibromyalgie. Le rapport ne détaille pas les autres avis.
Ce que les partis ont dit
Aucun parti n'a contesté la réalité de la maladie. Les avis divergent sur la méthode : un trajet propre à la fibromyalgie, ou un trajet commun à plusieurs affections.
Parti (intervenante) | Position | Argument principal |
PS (Ludivine Dedonder, Caroline Désir) | Soutien | La maladie reste mal connue, les traitements varient selon les médecins, les patients se sentent abandonnés. |
Vlaams Belang (Dominiek Sneppe) | Soutien avec réserve | Préfère un trajet commun à plusieurs affections, dont le syndrome de fatigue chronique et le covid long. |
Anders. (Irina De Knop) | Texte jugé « très positif » | Préfère un trajet pour la douleur chronique en général, à la lumière d'une étude du KCE. |
Les Engagés (Carmen Ramlot) | Besoin reconnu, clarifications demandées | Les mesures actuelles sont fragmentées ; un état des lieux est nécessaire avant tout nouveau trajet. |
N-VA (Frieda Gijbels) | Attendre | Les connaissances scientifiques sont limitées ; attendre le KCE, les études internationales et l'extension du trajet covid long. |
Vooruit (Funda Oru) | Attendre | Ouvrir un débat plus large sur les affections complexes ; attendre le trajet annoncé par le ministre pour le 1er janvier 2027. |
De son côté, François De Smet s'est dit sceptique face au trajet annoncé et a plaidé pour un signal plus fort dès maintenant. Le rapport ne précise pas comment chaque parti a voté.
Pourquoi le texte a été rejeté
Chaque considérant et chaque demande ont été rejetés, presque toujours par 8 voix contre 4. La proposition est donc rejetée dans son ensemble.
Les quatre amendements déposés pour l'améliorer ont subi le même sort. L'un, de François De Smet, demandait d'associer l'expertise des patients et des spécialistes de la douleur et de la fatigue à la conception des soins. Un autre, d'Irina De Knop, proposait de prévoir le trajet fibromyalgie dans les conventions des centres de référence de la douleur chronique. Les deux derniers reprenaient un constat du KCE : le financement actuel pousse ces centres à privilégier les actes techniques remboursés plutôt qu'une vraie prise en charge multidisciplinaire.
L'argument central de ceux qui ont rejeté le texte : le ministre prépare déjà un trajet de soins pour les affections complexes, fibromyalgie comprise, et il faut l'attendre plutôt que de voter un trajet spécifique.
Le contexte a sans doute joué aussi. C'est notre lecture, le rapport ne le dit pas en ces termes : le texte venait d'un parti de l'opposition, et une majorité vote rarement une résolution qui ferait doublon avec le chantier de son propre ministre.
Fibromyalgie et covid long : deux résolutions, deux issues
Mi-octobre 2026, le Sénat a adopté une résolution pour une meilleure prise en charge du covid long. Trois mois plus tôt, la résolution sur la fibromyalgie avait été rejetée à la Chambre. Les deux textes demandaient pourtant des choses proches.
Covid long | Fibromyalgie | |
Assemblée | Sénat | Chambre (commission Santé) |
Initiative | Anne-Charlotte d'Ursel (MR, parti de la majorité) | François De Smet (DéFI, opposition), à l'initiative de MY FIBRO |
Principales demandes | 53 recommandations : trajet de soins coordonné par le médecin généraliste, meilleurs remboursements (revalidation neurocognitive), formation des soignants, recherche, maintien au travail | Trajet de soins spécifique, approche biopsychosociale, remboursements en kiné et en psychologie, soins de proximité, reconnaissance comme handicap invisible |
Issue | Adoptée (octobre 2026) | Rejetée (rapport du 3 juillet 2026) |
Antécédents | Résolution votée à l'unanimité à la Chambre en mai 2021 ; convention INAMI depuis juillet 2022 | Résolution adoptée à la Chambre en 2011, jamais pleinement appliquée |
Pourquoi l'une passe et pas l'autre ? Trois différences ressortent.
L'assemblée. Depuis la réforme de l'État de 2014, le Sénat ne contrôle plus le gouvernement fédéral. Ses résolutions sont des recommandations, qui engagent moins la majorité qu'un vote à la Chambre.
L'auteur. Le texte sur le covid long vient d'un parti du gouvernement ; celui sur la fibromyalgie, d'un parti de l'opposition.
La demande. Les recommandations du Sénat s'inscrivent dans le chantier du ministre. La résolution fibromyalgie demandait un trajet propre, que la majorité a vu comme un doublon.
Il ne s'agit pas d'opposer les malades. Le covid long et la fibromyalgie partagent bien des difficultés, et MY FIBRO travaille aux côtés de Long Covid Belgium au sein du groupe de travail de l'INAMI. Mais ce précédent montre qu'un trajet coordonné est politiquement possible. La fibromyalgie doit y être nommée, et pensée pour elle-même.
Et maintenant ?
Le ministre prépare un trajet de soins multidisciplinaire pour les « affections complexes », annoncé à partir du 1er janvier 2027, et la fibromyalgie y est visée. Le rapport de la commission l'écrit noir sur blanc. Il précise aussi que des associations comme MY FIBRO participeront à son élaboration.
C'est déjà le cas : MY FIBRO siège au groupe de travail de l'INAMI (projet P7), avec Long Covid Belgium, 12ME, Time for Lyme et Not Recovered Belgium. Nous y veillerons à ce que la fibromyalgie y trouve réellement sa place, avec ses spécificités. Un rapport du KCE est aussi attendu.
Le rejet de la résolution n'est donc pas une fin. Il déplace le combat vers ce futur trajet, dont nous suivrons la mise en œuvre de près. Nous avons aussi proposé une piste plus large, un référentiel belge pour la fibromyalgie, dans notre article L'avenir espéré.
Nous remercions François De Smet et son équipe d'avoir porté ce texte jusqu'au vote, ainsi que les associations et les experts qui ont contribué aux avis.
À retenir
La résolution demandant un trajet de soins spécifique pour la fibromyalgie a été rejetée en commission Santé de la Chambre (rapport du 3 juillet 2026).
Aucun parti n'a contesté la réalité de la maladie : le désaccord porte sur la méthode et le calendrier.
Le KCE juge les demandes de la résolution conformes à ses recommandations sur la douleur chronique.
Le covid long a obtenu une résolution au Sénat en octobre 2026, portée par un parti de la majorité.
Un trajet de soins pour les affections complexes, fibromyalgie comprise, est annoncé pour le 1er janvier 2027. MY FIBRO participe à son élaboration.
Sources
Chambre des représentants, rapport de la commission Santé et Égalité des chances, DOC 56 1254/004, 3 juillet 2026
Chambre des représentants, proposition de résolution, DOC 56 1254/001
MR, Sénat : la résolution du groupe MR sur le Covid long est adoptée, octobre 2026
L'Avenir, Une résolution au Sénat pour une prise en charge adaptée des malades du covid long, 13 octobre 2026
RTBF, Reconnaissance des covid longs, fonds blouses blanches… La Chambre adopte une série de mesures, 7 mai 2021
MY FIBRO, L'avenir espéré
